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Soleil : les mauvais conseils de l'Institut du Cancer

VOYEZ AUSSI NOTRE DOSSIER COMPLÉMENTAIRE : Le bon usage du soleil (Mise à jour du 01/01/2016)

Éviter le soleil entre midi et seize heures, se tartiner de crèmes : les conseils anti-cancer de l'Institut National du Cancer entretiennent à tort la phobie du soleil.

La recommandation faite aux Français par l'Institut national du cancer (INCa) d'éviter cet été le soleil et de se tartiner de crèmes est l'exemple parfait de médecine réductive qui mérite de figurer dans le hit parade des mauvais conseils de santé publique. Partant du principe que "le soleil provoque des cancers de la peau", l'INCa recommande de ne pas se mettre au soleil entre 12 et 16 heures et d'appliquer de la crème solaire sur les parties exposées du corps.
S'il est incontestable que le rayonnement ultraviolet a une part de responsabilité dans le risque de cancers de la peau, l'histoire est comme souvent en biologie trop complexe pour s'accommoder de messages trop simples pour ne pas dire simplistes.
Dans les années 1980, les Dr Franck et Cédric Garland, deux médecins épidémiologistes enquêtant sur les cancers de la peau dans la marine américaine ont stupéfait le monde scientifique en montrant contre toute attente que c'était chez les sous-mariniers que l'on rencontrait les taux les plus élevés de cancers de la peau. Depuis, les frères Garland ont montré que de très nombreux cancers, dont ceux de la peau, sont moins fréquents à mesure que l'on se rapproche de l'équateur. Il ne fait aujourd'hui plus de doute que l'exposition chronique et modérée au soleil active la synthèse de vitamine D, qui constitue une protection puissante contre le cancer. En août 2006, Cédric Garland a publié une étude montrant que l'exposition au rayonnement solaire prévient 16 types différents de cancers. [1] Même dans le mélanome, qui est la forme de cancer de la peau la plus agressive, les taux de survie sont plus grands chez les patients qui rapportent s'être exposés au soleil dans le passé [2]. Non, décidément rien n'est simple.

D'un excès à l'autre

La phobie du soleil est née chez certains dermatologues vers la fin des années 1970, alarmés qu'ils étaient par la mode du toasting. C'est alors qu'on a basculé d'un excès à l'autre, sous la pression amicale des fabricants de cosmétiques. Dans les années 1980, les dermatologues ont fait la promotion de l'écran dit "total" toute l'année et de l'usage massif des écrans solaires l'été. Pourtant, jusqu'à une date récente, ces produits n'étaient efficaces que contre les rayons UVB, laissant la peau à la merci des rayons UVA (en cause dans le mélanome) sans le signal d'alarme que constitue le coup de soleil. Il n'existe à l'heure actuelle aucune preuve, autre que chez l'animal, que les écrans solaires réduisent le risque de cancer de la peau et il est possible que l'usage inconsidéré d'écrans solaires ait favorisé ces cancers[3]. Aujourd'hui encore, alors que les filtres modernes sont plus efficaces sur les UVA, leur sécurité reste néanmoins douteuse. Des études ont montré qu'ils sont à l'origine de radicaux libres - des particules particulièrement toxiques pour nos cellules. Par ailleurs l'usage extensif de crèmes solaires, les applications répétées font pénétrer dans l'organisme des composés parfois indésirables comme l'aluminium ou encore des composés qui miment les hormones femelles, sans compter qu'ils peuvent empêcher la synthèse de vitamine D.
Il y a quelques années, ces mêmes dermatologues ont mené une croisade quasi paranoïaque contre l'exposition au soleil "en été aux heures chaudes". Il en reste de profondes traces dans les communiqués de l'Institut national du cancer. Pourtant, les messages anti-soleil et les campagnes de sensibilisation n'ont pas permis de réduire les cancers de la peau. Plus inquiétant, de la même manière que la promotion des écrans solaires est soupçonnée d'avoir alimenté l'épidémie de cancers de la peau, celle de l'évitement du soleil pourrait accroître l'incidence de cancers de tous types en privant l'organisme de son protecteur qu'est la vitamine D.

N'ayez pas peur du soleil

Les Français ne peuvent pas synthétiser de vitamine D entre la fin du mois d'octobre et celle du mois de mars. La moitié de la forme de vitamine D que nous mettons en réserve est éliminée en trois semaines, et nous sommes tous en déficit à partir de novembre, les taux les plus bas se rencontrant en février. Les mois d'été constituent une occasion unique de s'assurer de meilleures réserves. Ceci peut être fait en exposant son corps dénudé tous les jours à la mi-journée pendant une vingtaine de minutes, sans écran solaire, le visage protégé par un chapeau. À midi au soleil d'été, on peut ainsi produire 1500 UI de vitamine D rien qu'en exposant au soleil 10 à 20 % de son corps comme le torse, le dos, les bras.
Il faut ensuite, et nous sommes là d'accord avec l'INCa, éviter les expositions dites "récréatives" (le bronzage comme but ultime), porter vêtements et chapeau, rechercher l'ombre. En revanche, nous déconseillons l'usage systématique de crèmes solaires. À partir d'octobre-novembre, des suppléments de vitamine D sont recommandés (Voir plus bas). On peut aussi en hiver s'exposer régulièrement aux UV dans les salons spécialisés en respectant les règles de modération et de prudence (pas plus de 15 à 20 minutes par séance).
Du soleil chaque jour en été, pas d'écrans solaires sauf absolue nécessité (exposition prolongée inévitable comme le plaisancier sur son bateau ou l'agriculteur dans son champ), des suppléments de vitamine D ou des séances d'UV en hiver : ce ne sont pas tout à fait les recommandations de l'Institut du cancer, mais il apparaî:t aujourd'hui que les bénéfices d'une exposition régulière et raisonnable au rayonnement UV dépassent largement les risques qui lui sont associés.[4].

Thierry Souccar - Mardi 29 Juin 2010
LaNutrition.fr

Bibliographie

[1] Grant WB, Garland CF.The association of solar ultraviolet B (UVB) with reducing risk of cancer: multifactorial ecologic analysis of geographic variation in age-adjusted cancer mortality rates. Anticancer Res. 2006 Jul-Aug;26(4A):2687-99.
[2] Nürnberg B, Schadendorf D, Gärtner B, Pföhler C, Herrmann W, Tilgen W, Reichrath J. Progression of malignant melanoma is associated with reduced 25- hydroxyvitamine D serum levels. Exp Dermatol. 2008 Jul;17(7):627.
[3] Gorham ED, Mohr SB, Garland CF, Chaplin G, Garland FC. Do sunscreens increase risk of melanoma in populations residing at higher latitudes? Ann Epidemiol.2007 Dec;17(12):956-63.
[4] Grant WB, Garland CF. The health benefits of vitamine D greatly outweigh the health risks. Bioessays. 2008 May;30(5):506-7; author reply 510-1.



vitamine D : 15 chercheurs et LaNutrition dénoncent des apports conseillés insuffisants

Quinze chercheurs, biochimistes, médecins, épidémiologistes, spécialistes de santé publique dénoncent dans un éditorial publié dans l'American Journal of Clinical
Nutrition de mars 2007 (le journal scientifique de référence de ce domaine) [1] une situation "frustrante et regrettable" : les carences marquées en vitamine D chez les populations de l'hémisphère Nord. Parmi les signataires figure le Pr Walter Willett, membre du Conseil scientifique de LaNutrition. Ces quinze chercheurs, auxquels s'associe LaNutrition, estiment que le temps est venu que médecins et patients fassent pression sur les agences sanitaires, les ministères et les décideurs politiques, afin que les personnes vivant au-dessus du 42e parallèle (latitude des Pyrénées) profitent des bienfaits de la vitamine D sur la santé.
L'éditorial s'inspire d'une étude parue dans le même journal dont les résultats montrent que les Britanniques souffrent "d'une carence alarmante" en vitamine D. Selon l'étude, 60 % des 7 400 personnes suivies présentaient en moyenne annuelle une concentration sanguine en vitamine D inférieure à 75 nmol/l, qui est le seuil en- deçà duquel on peut parler de déficit. En automne et en hiver, neuf Britanniques sur dix auraient moins de 75 nmol/L. À ce niveau de concentration, on voit augmenter les risques de fractures, de cancers (en particulier côlon) de maladies auto-immunes comme le diabète de type 1, et probablement aussi de diabète de type 2.
Les signataires accusent les autorités sanitaires et les pouvoirs publics de négliger cette situation, alors que les études concluant à l'insuffisance d'apports s'accumulent depuis des années.
En France, les déficits en vitamine D concerneraient en hiver 75 % des citadins. Une étude conduite par des chercheurs de l'université de Liège a conclu que 80 % des femmes européennes ménopausées n'ont pas assez de vitamine D.
"En tant que scientifiques, écrivent les 15 chercheurs, le but de notre travail est d'améliorer la santé du public. Nous savons ce que sont les concentrations de vitamine D actives dans le sérum des populations du globe, et nous sommes parvenus à la conclusion que la santé publique bénéficiera d'un meilleur statut en vitamine D. Nous savons combien de vitamine D il faut consommer pour porter les concentrations de vitamine active au niveau désiré. Alors pourquoi la science n'a-t-elle aucun impact sur la santé publique ? L'une des raisons est qu'il y n'y a pas assez de pression du public sur les responsables de la santé pour les obliger à mettre à jour les recommandations nutritionnelles."
Les chercheurs estiment que les besoins en vitamine D sont proches de 1000 UI par jour. Or en France, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) estime en dépit du bon sens qu'il suffit à un adulte de 200 UI pour rester en bonne santé (400 à 600 UI/j pour les personnes âgées). Les autorités sanitaires ont d'ailleurs fixé la dose de sécurité pour la vitamine D à 1 000 UI/j. Un niveau dénoncé par les signataires qui soulignent que l'on peut tolérer sans risque, jusqu'à 10 000 UI par jour.

[1] Vieth R. The urgent need to recommend an intake of vitamine D that is effective. American Journal of Clinical Nutrition 2007, 85(3) : 649-50.

VOYEZ AUSSI NOTRE DOSSIER COMPLÉMENTAIRE : Le bon usage du soleil (Mise à jour du 01/01/2016)